Explique-moi le triangle Pikler, la pédagogie Loczy et la motricité libre

Une grande majorité des professionnels de l’éducation et de la santé de la petite enfance ont déjà entendu parler de l’approche Montessori de l’apprentissage précoce. Nombreux également sont ceux qui connaissent la philosophie développée par Reggio Emilia ou encore la méthodologie pensée par Magda Gerber. La pédagogie Pikler a longtemps été moins médiatisée que ses « concurrentes », mais elle bénéficie d’un bel engouement depuis deux décennies.

Basée sur les préceptes d’Emmi Pikler, célèbre pédiatre, auteure et éducatrice hongroise, cette pédagogie développe la théorie de la motricité libre dès le premier âge, grâce à un environnement sécurisé, une relation bienveillante avec l’enfant (mais pas interventionniste) et un mobilier particulier, avec le fameux triangle de Pikler.

La pouponnière de Loczy… vers le triangle de Pikler

Le docteur Emmi Pikler était un pédiatre qui a vécu et travaillé en Hongrie après la fin de ses études de médecine à l’Université de Vienne, en Autriche. De retour dans son pays natal, en 1946, elle se voit refuser des postes à l’hôpital public dans le contexte de l’antisémitisme institutionnalisé du gouvernement hongrois de l’époque. Elle prend alors la responsabilité de diriger un foyer pour enfants abandonnés à Budapest, la capitale hongroise, connu sous le nom de Loczy. Cette expérience lui permettra de mettre en pratique ses connaissances scientifiques issues de ses longues études en pédiatrie, mais aussi ses nombreuses observations cliniques et son analyse des données épidémiologiques.

D’ailleurs, Emmi Pikler explique dans son livre « Se mouvoir librement dès le premier âge » qu’elle a été profondément marquée par son analyse des statistiques fournies par le gouvernement autrichien sur les blessures des enfants lors des accidents. Elle a en effet remarqué que les enfants les plus gravement blessés étaient ceux qui venaient des familles riches, tandis que les enfants dont les parents étaient ouvriers s’en sortaient généralement avec quelques égratignures.

Pour Emmi Pikler, l’explication est simple. Les enfants des familles aisés étaient sous surveillance en permanence de la part d’une gouvernante, tandis que les autres pouvaient évoluer librement à la maison et dans la rue, ce qui leur permettait de multiplier les expériences, de tomber, de se relever et donc de développer des réflexes opérationnels et rapides qui les protègent des accidents. Le triangle de Pikler, qui est l’élément phare du mobilier de la pédagogie, permet aux enfants d’assouvir leur envie d’escalader et de grimper, ce qui leur permet de développer les bonnes habitudes en cas de chute.

Les bases de l’approche Pikler

L’approche Pikler est basée sur une relation respectueuse, bienveillante mais pas intempestive entre l’adulte et le nourrisson, à travers des moments de tendresse, un développement moteur au rythme naturel, la liberté de mouvement et surtout le concept du « jeu ininterrompu ». Après avoir observé et pris soin des enfants dans l’orphelinat, le docteur Pikler est arrivée à la conclusion que les bébés et les enfants ont besoin de certaines conditions pour s’épanouir et parfaire leur développement physique et intellectuel, ce qui a conduit à l’élaboration de ses six principes clés.

  • Une attention totale, en particulier lors des activités de soin : l’approche du docteur Pikler préconise que les soignants et les parents évitent les tâches multiples et portent toute leur attention sur leur bébé lorsqu’ils s’engagent dans une activité de soins dite « explicite » ;
  • Eviter la sur-stimulation : le docteur Pikler a observé que les bébés se portent mieux lorsqu’ils sont dans un environnement calme et « lent ». Selon elle, les bébés deviennent sur-stimulés et fébriles lorsque les adultes tentent de les faire réagir à des stimuli de manière intempestive et injustifiée ;
  • Etablir une relation de confiance pendant les activités de soins : outre le principe de ralentissement évoqué ci-dessus, le docteur Pikler affirme que le fait de prendre du temps pour participer à des activités de soins, telles que le changement des couches, le bain et l’habillage, offre une occasion précieuse pour l’enfant de se lier à l’adulte. Il deviendra par la suite un partenaire actif dans ces activités lorsque les conditions seront optimales ;
  • On agit « avec », et non « pour » l’enfant : le docteur Pikler considérait les bébés comme des participants actifs plutôt que comme des bénéficiaires passifs de soins et encourageait les soignants à adopter une approche coopérative dans toutes leurs interactions avec les bébés.
  • L’enfant ne doit pas être mis dans une position qu’il ne pourrait pas changer sans intervention externe. C’est le principe de la motricité libre dès le premier âge.
  • L’enfant a besoin d’un temps de jeu ininterrompu, avec un adulte qui se contente de surveiller et de veiller à la satisfaction des conditions de sécurité.